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                                                                                                                 Voyage aux sept Églises…
La venue de prêtres d’autres continents, qui se mettent au service de notre diocèse ne doit pas être une occasion unilatérale pour nous faciliter la tâche ! Elle suppose un échange, un partage, où nous leur faisons notamment découvrir les plus beaux joyaux de notre patrimoine religieux. C’est dans cet esprit que nous sommes partis à quatre, du 8 au 10 juillet, à la découverte des plus belles cathédrales de France, avec Arockiya Arputha Devaraj, Sesuraj Alphonse et David Mariasusaï, dont l’histoire commune – ils firent leur séminaire ensemble à Calcutta – allait faciliter la cohésion de notre équipe.
Au-dessus des blés de l’immense plaine beauceronne, les deux flèches de Chartres, si chères à Charles Péguy, se dessinent sur le ciel lumineux. La plus complète de nos cathédrales nous livre ses trésors : sculptures et vitraux sont ici conservés bien mieux qu’ailleurs ; et la récente restauration vient de rendre à l’intérieur du vaisseau ses tonalités médiévales. Nous avons la chance de participer à la messe dans la crypte, avant de repartir. La route sera longue et sinueuse jusqu’à Beauvais. La cathédrale de tous les records se dresse soudain : 48 mètres sous voûtes, hauteur jamais dépassée au Moye Age ! Tandis qu’à l’ouest, la nef de la Basse Œuvre carolingienne crée un contraste fort avec la démesure de l’église gothique ! Peu de kilomètres nous séparent d’Amiens, terme de notre première journée. Amiens : la cathédrale « parfaite », la cathédrale accomplie. La plus vaste église du monde gothique impressionne par la majesté de sa façade, comme par la perfection baroque de son décor liturgique. Le lendemain matin, il nous est donné d’y participer à une messe qui nous rappelle un peu La Rochelle par ses nombreux séminaristes et leur impeccable tenue de chœur !
La plaine picarde est monotone avec ses villes jadis ravagées par la Grande Guerre – Péronne, Saint-Quentin -, mais bientôt Laon nous réserve une belle surprise : la « cathédrale aux sept tours » qui se découpe sur le ciel au sommet d’un plateau, vaut presque autant par sa position géographique que par son architecture ! C’est une halte bienvenue avant que nous n’abordions la première cathédrale archiépiscopale de notre périple : Reims, cathédrale des sacres, mère et tête de toutes les Eglises de la Gaule, dont son constructeur, l’archevêque Henri de Braine, aurait voulu faire l’égale de Rome ! Si l’intérieur de la cathédrale paraît cette fois un peu vide – rien à voir avec Amiens -, à l’extérieur, l’abondance d’une sculpture colossale de très grande qualité laisse sans voix… D’autant plus que la visite du palais du Tau – ancien archevêché – nous permet de découvrir une partie des originaux calcinés lors de l’incendie de 1914, et remplacés in situ par des copies. La hauteur de la statue déposée de Goliath stupéfait Arockiya !
Après une nuit à Reims, la dernière journée nous fera parcourir beaucoup de kilomètres et voir seulement deux cathédrales : celle de Sens – primatiale des Gaules et de Germanie ! – et celle de Bourges – primatiale des Aquitaines ! – De la première, on retiendra aux piédroits du grand portail occidental ce bas relief d’un éléphant portant sur son dos une haute tour, et qui paraît venir tout droit des rives du Gange !.. Enfin l’immense vaisseau sans transept de Bourges affirme sa profonde originalité, alors que sa façade, avec le déploiement de ses cinq portails, affiche son gigantisme en soulignant le rang patriarcal jadis revendiqué par l’église. Après cette ultime étape, c’est le retour dans la chaleur de l’après-midi et la poussière de l’A 10… Petits inconvénients qui ne nous feront jamais oublier que l’âme de la France réside dans ses cathédrales !
Père Yves Blomme